Spread the love

En Haïti, certains partent de rien, pour bâtir un empire. D’autres, commencent avec un minimum, presqu’insignifiant, pour joindre les deux bouts. 2 catégories, mais un seul objectif : « sortir de la misère ». Johnson Mervil, 22 ans, en fait partie. Il a fait fructifier ses 500 gourdes, et est aujourd’hui propriétaire d’un Auto-parts.

Par Fanel Delva

 

Il est né le 19 Avril 1997 à la Selle, 3ème section communale de Saut D’eau, département du Centre. Fils unique, Johnson Mervil est élevé par sa mère, qu’il porte d’ailleurs son nom. Son père, un pasteur, ne l’avait pas reconnu dès le sein maternel. Ce jeune garçon de 22 ans a connu une enfance difficile. Deux ans après sa naissance, Rosemène Mervil, sa mère, était obligée de venir s’établir à Port-au-Prince, pour prendre soin de son fils.

Johnson, quant à lui, fait son entrée dans la capitale en 2004. Et c’est ici qu’il va continuer la même vie, mais dans un espace où se réunissent les haïtiens venus de toutes les régions d’Haïti. Mais, sans le vouloir, le séisme du 12 Janvier 2010 allait marquer un autre tournant dans sa vie, déjà mouvementée. Il est contraint, par la force des choses, de laisser Port-au-Prince, et retourner dans le Plateau central. Encore loin de sa mère, il est aidé par son oncle et quelques autres membres de la famille, sa grand-mère ayant été déjà morte.

Les jours s’écoulent. Les années passent. L’impatience s’installe dans la vie de Johnson Mervil. L’envie d’un mieux-être lui déchire les entrailles. On dirait une véritable course contre le temps. Mais, cet enfant ne peut qu’user de patience et nourrir l’espoir. Si peu soit-il, il lui en faut pour avancer à petits pas vers le but. Entretemps, Johnson poursuit ses études classiques. Dans l’intervalle, sa mère continue de se battre dans une capitale regorgée de survivants. Malgré la distance, Rosemène Mervil prend soin de son fils. Elle doit affronter la vie, mais doit également s’habituer aux répliques provoquées par le tremblement de terre.

Les conditions de vie de sa mère s’améliorent. Rosemène économise un peu d’argent. Pas trop grand-chose, mais suffisant pour avoir Johnson avec elle encore une fois dans la capitale. Rosemène le fait revenir à Port-au-Prince. Et Johnson est de nouveau inscrit dans une école de la première ville d’Haïti. Ensemble, ils joignent les deux bouts.

Écolier, mais aussi petit détaillant

Johnson est le témoin de la dure réalité de sa mère. Il est déjà conscient de ce qui l’attend dans la vie, particulièrement dans un pays comme Haïti. Ce jeune écolier devait développer une stratégie, afin de soulager Rosemène, sa mère.

En 2016, l’originaire du plateau central écoutait une émission, où Eric Jean Baptiste parlait de ses débuts, comme entrepreneur. « Avec mille cinq cents (1500) gourdes, je suis devenu ce que je suis aujourd’hui » rapportait M. Jean Baptise. Et c’est de là que lui était venue l’idée de créer une activité lucrative. Avec cinq cents (500) gourdes, Johnson Mervil démarre un petit projet avec une douzaine d’échantillons de parfum. Il réfléchit alors sur les prix de revente. Ses principaux clients : les gens du quartier. Il leur vent et passer récupérer son argent, après quinze (15) jours.

« Le chemin de la vraie réussite passe par le travail honnête », reconnait Johnson, qui dit vouloir fuir la corruption. Se refusant de se prostituer à tous les niveaux, il réfléchit sur ce qui pourrait lui rapporter un peu d’argent.

Johnson, propriétaire d’Auto Parts

Johnson Mervil emprunte mille cinq cents gourdes de sa tante. Il les investit dans son « petit démêlé ». Il fait grandir son commerce, en achetant d’autres produits. Des pièces de bicyclette, des ballons de football… tout ce qui peut rapporter quelques gourdes en plus sont bons. Il vendait à la Station de Bon repos. Jeune écolier d’alors, Johnson utilisait une partie de la boutique de son beau-père. Nous sommes en 2017.

Avec l’arrivée du cartel municipal dirigé par Rony Colin, la boutique ne fonctionnait plus. Les marchands étaient chassés de la Station de Bon Repos. Après avoir élaboré son projet de mettre sur pied un Auto Parts, il achète un taudis pour la somme de vingt mille gourdes. A l’aide d’un « Sòl », Johnson économise dix mille cinq cents. Etant sans expérience, et ne sachant pas par où commencer, le jeune entrepreneur est allé voir par la suite un ancien dans le domaine.

13 Janvier 2018. Johnson ouvre une Auto Parts, avec le peu de produits qu’il avait pu s’acheter avec les dix mille cinq cents. De l’huile pour moteur et freins, batteries pour véhicule, entre autre… il les étale sur une table. C’est le deuxième pas dans la bonne direction. « Assurer la vente, étant encore à l’école », l’exercice s’annonce difficile pour un jeune, qui tente d’allier étude et entreprenariat.

Pour éviter tout dérangement, il fait appel à un ami, qui, de son coté, éprouve des difficultés économiques pour payer son écolage. Une entente a été trouvée entre les deux jeunes, pour faire avancer l’Auto-parts. Johnson Mervil se charge de payer un cours en week-end pou son ami, qui devra passer la semaine à vendre. Et le jeune businessman qui était en classe de Rhéto à l’époque, prendra le relais Samedi et Dimanche. Quelques temps après, l’entente s’est effritée, Johnson engage un autre jeune, avec comme salaire mensuel, trois mille deux cent cinquante gourdes.

Aujourd’hui, le fils de Rosemène estime sa « petite fortune » à plus de cent cinquante mille gourdes. Son Auto Parts, lui permet de se prendre en charge.

Son rêve

À 22 ans, Johnson termine ses études classiques. Il réussit les épreuves du baccalauréat avec un score de mille (1000) points. C’est la joie. Il lui reste un long chemin à parcourir. En Haïti, poursuivre ses rêves n’est jamais facile. C’est comme s’il devait escalader le mont Everest en une heure.

Avec la fructueuse expérience de petit détaillant en tant qu’écolier, il croit important de continuer sur la lignée. Car, si avec cinq cents gourdes, sans aucune formation, il a pu les transformer en une petite entreprise de plus de Cent vingt mille gourdes, Johnson pense pouvoir faire beaucoup mieux avec une formation. D’où son intention d’entreprendre des études de commerce.

Et concernant la rentrée des classes pour l’année académique 2019-2020, il compte payer les frais de scolarité pour plusieurs de ses proches. Aussi, l’originaire de Saut D’eau projette d’acheter des fournitures scolaires à des enfants de sa section communale.

Dans un pays comme Haïti, où vivre est le parcours du vrai combattant, échouer est plus garantie qu’un verre d’eau potable, Johnson Mervil peut se considérer comme un Héro. Il a su, sans nulle doute, refuser la corruption, la prostitution, le vol, pour prendre soin de lui. Ce jeune de 22 ans est convaincu également que vivre en Haïti, c’est aussi croire même s’il n’y a aucune lueur d’espoir au bout du tunnel.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *